Lorsque l’on voyage, lorsque l’on se promène, on rencontre toujours sur son chemin des lieux qui évoquent un sentiment intense. On ne saurait, la plupart du temps, absolument pas le définir. C’est du domaine de l’inexprimable, du non-communicable.
Cela prend l’être tout entier et déclenche une impression subtile, mystérieuse. Rappelez-vous, certains beaux paysages, certaines ruines et ce saisissement qui s’empare alors de l’être tout entier...
Qu ’est-ce ? La fulgurance de la beauté? L’âme de la nature qui j 'osmose à nous ? L'évocation historique suscitée ? L'esprit du haut lieu ? Tout cela à la fois qui s’entremêle ?
Toujours est-il que ces moments demeurent dans le souvenir comme des états de grâce ; des états de perception, non d’une autre réalité, mais du secret invisible de la réalité. Moments de plénitude intense.
Je me souviens ainsi d’un jour d’hiver où, lors d’une longue randonnée à pied avec mon ami le peintre Antonio Taulé dans les Avelines, près d’un ancien village appelé Villeconin, nous étions arrivés en haut d’une colline jusqu’aux ruines d’un château fort du Moyen Age. Pans de murs dans la forêt. Sans paroles, nous marchons dans cette nature que l’histoire hante. Et Antonio dit, alors que nous allons nous éloigner de ce lieu : ‘ ‘Parfois le silence est tellement fort... Tu te rends compte... On vient de marcher dans les pierres de ce château, ces ruines superbes, avec la neige qui vient de tomber dessus et la nature sauvage. Le silence est si beau ici que transformer en paroles toute cette conscience profonde est difficile...”
Certains parlent d’une sorte de mémoire des pierres. Mais de quoi se souviendraient-elles ? Du détail des jours ? Des longues veillées auprès de l’âtre ? Des naissances et des morts, innombrables à travers les siècles ? De ce rayon de soleil qui a frappé tel dimanche d’Avent le brocard de la fille du châtelain qui rentrait de promenade sur son destrier blanc et l’a illuminée d’une aura d’or qui stupéfia seigneurs et valetaille ? De la tumultueuse histoire d’amour qui la lia au fils d’un seigneur rival ? Ou. de ce siège atroce de l'an 7373 où, affamés, les survivants du lieu durent fuir une nuit par le souterrain secret, qui a été muré depuis mais dont on parle encore ? Le château fort fut incendié alors puis reconstruit une génération plus tard. Les pierres gardent-elles la mémoire de grands événements tels que ceux que mon imaginaire suggère ici ? Sont-elles marquées par ce que l’on pourrait appeler des ondes forces ?
De toutes façons, c’est romantiquement poétique, une belle ruine dans un cadre un peu sauvage. Le temps présent contraste tellement avec elle que î ’ouvrent brusquement à nous les portes du passé. Et puis, notre âme d’enfant s’éveille aussi à son contact et, tout ce que nous avons pu lire comme romans, essais, légendes et paroles historiques, voir comme films de cape et d’épée, tout le mystérieux de l’aventure et du voyage à travers le temps se révèle â nous. Et ces murs, ce donjon qui se dresse encore avec [...]

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