Avant d'entreprendre ce travail, j'ai relu ¡a plaquette "Nivelles et la seconde guerre mondiale" que feu Joseph COPPENS a publiée en 1964, ma "Chronique d’une libération" (numéro 274, Rif Tout Dju de septembre 1984), "La libération de Nivelles et ses conséquences" par Xavier Dusausoit et Mariana Blancon-Rincon (U.C.L., 1984-85, numéro spécial de Rif Tout Dju, 328, septembre 1990), "Nivelles dans la guerre de 1940-45" de Laurence Van Yperseele (U.C.L., 1986-87), les livres "Tenace
mémoire" et "L'impossible oubli" que François De Troyer a consacrés à la résistance et à la collaboration en Brabant wallon et plusieurs autres ouvrages. Cela m’a été utile à la connaissance des faits, à leur classement et à ¡'approfondissement de certaines informations.
La vie communale est plutôt creuse en 1944. J'ai toutefois noté un grand nombre d'interventions des pompiers, souvent à l'occasion d'incendies volontaires. En outre, les actes de sabotage, les vols sous la menace (ils ne sont pas tous le fait d'authentiques résistants, il faut le dire) sont devenus monnaie courante. Les plaintes affluent au Parquet; beaucoup demeureront sans suite.
Comme à l'accoutumée, j'ai lu les journaux de 1944, j'ai consulté des documents d'époque, j'ai interrogé des témoins. J'ai été agréablement surpris de tout ce que j'ai encore pu apprendre. En particulier, il m'a semblé devoir accorder privilège à deux récits. Jean Laurent, le 6 juin 1944, a passé le jour le plus long à Omaha Beach sous le feu ennemi. André Kestemont, le 3 septembre suivant, a sauvé le bâtiment de l'Enfant-Jésus du dynamitage. Je leur tire bien bas mon chapeau.
Une autre chose m'a frappé : la modération du ton sur lequel s'expriment ceux qui furent dans le coup. Pas de comparaison avec ce qui se disait à l'époque. "Mort aux Boches" était un slogan que l'on faisait répéter aux perroquets. "L'Allemand n'est pas que l’occupant : il est d'abord et surtout l'ennemi", affirmait le directeur de l’Ecole Normale Firmin Malarme. Et l’écrivain Arthur Masson de renchérir : "Quand on parle de cochons, c'est des Boches qu'il s'agit, hein, ou des super-cochons les rexistes". Plus personne ne m'a tenu pareil langage en 1994. Un ancien aviateur nivel-lois, 86 ans bientôt, m'a confié : "Lorsque je participais à un combat aérien, je ne cherchais pas à tuer un pilote allemand; je voulais détruire son avion". Simple aveu d'un état d'esprit ou règne la sagesse. Après un demi-siècle, bien des traumatismes demeureront sans doute ineffaçables, comme bien des douleurs resteront irréparables. Mais les passions sont maintenant dominées, et les hommes ont retrouvé leur raison.
Comme de bien entendu, le gros événement de l'année 1944 demeure la Libération. La journée du 5 septembre était attendue. Chacun, ici, connaissait le raid destructeur de l'aviation américaine sur une colonne allemande à la sortie de Nivelles le 2 septembre. Chacun suivait le passage journalier des forteresses volantes (j'en ai dénombré 600 en une matinée) vers l’Est.

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