Il me souvient qu'un auteur de chez nous — il s'appelait Jean d'Ardenne — écrivit un jour : « La Terre est comme la Femme. C'est à qui sait l'aimer qu'elle offre ses attraits ». En écrivant ces mots, celui qui porta son nom avec tant d'éloquence, songeait effectivement à ce sol rude et rocailleux de mon Ardenne, qui, sous le couvert de ses suaves légendes et de ses féériques visions, cachait son caractère aimable et son âme de belle fille.
Ah ! nous l'aimions l'Ardenne ! Nous l'aimions austère et accueillante, prodigue de parures bien plus que de saisons; nous aimions cette terre du schiste et du grès, celle à qui Hubert Colleye consacra jadis cette épithète merveilleuse : « Ardenne, pays bleu ». Nous en saisissions les décors au gré de nos vagabondages, parmi ces vieux villages si paisibles qu'on les croyait presque d'un autre monde. Nous l'aimions, notre Ardenne, dont les maisons humbles et timides se tassaient entre les mamelons verts. Où les rivières chantaient dans la lumière, où les sources jaillissaient au profond des sous-bois tandis que, de Verlaine, la voix nous poursuivait :
Au pays de mon père, on voit des bois sans nombre, Là des loups font parfois luire leurs yeux dans l'ombre Et la myrtille est noire au pied du chêne vert.
Ardenne de nos vacances et de nos jours heureux. Où grimpés au sommet des sites légendaires, nous savourions sa grâce souveraine et humions son parfum comme un baiser du ciel. Terre d'histoire aux cités plongées dans le silence. Gonflées de bonheur dans leur simplicité. Qui ne demandaient qu'à vieillir doucement, comme des hâvres de paix sur la route du temps. Et nous allions vers elle, le cœur plein d'allégresse, chercher au sein de ses cathédrales [...]

rechercher des articles similaires par catégorie
rechercher des articles similaires par thème: