Les voies de l’Histoire sont impénétrables..! Lorsque dans tes premières années de ce siècle, les deux grandes administrations ferroviaires desservant l’Ouest de la France se préoccupaient de leur retard flagrant dans le domaine de la traction des trains de marchandises lourds, qui aurait pu prédire que leurs études aboutiraient à l’une des plus populaires locomotives à vapeur françaises, qui achèverait /’ère de la vapeur dans ce pays près de soixante-dix ans plus tard?
C’est la nécessité de se doter d'urgence de locomotives de puissance élevée qui a conduit la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest à commander en Allemagne trente 140 «Consolidation», directement dérivées d'un type alors largement diffusé sur les chemins de fer italiens, depuis peu nationalisés... Un an après leur livraison, la compagnie fut rachetée par F Administration des Chemins de fer de l'Etat, qui à son tour fit étudier un type nouveau de «Consolidation». Celui-ci reprenait approximativement les dimensions principales des aînées italo-germaniques, avec leur bogie-bissel Zara et leur allure dépouillée, mais en modifiait radicalement le mode de fonctionnement: d’une machine compound à vapeur saturée, l’on passait ainsi à une machine à simple expansion et surchauffe.
Cette combinaison entre simplicité et bonnes performances allait valoir un grand succès aux «Consolidation» de l’État, puisqu’au cours de la Première Guerre Mondiale, leur série allait s’étoffer jusqu’à atteindre deux-cent-soixante dix exemplaires, tandis que soixante-dix autres unités étaient construites à l'intention du Ministère de la Guerre pour la traction des pièces d’artillerie sur voies ferrées. Une fois la paix revenue, ces dernières furent réparties entre les réseaux de /’Est et du P.L.M.
Ce furent alors une cinquantaine d’années bien remplies, en tête de trains de marchandises, mais aussi de voyageurs omnibus, voire d’express. Ensuite, les «Consolidation» ne purent échapper à l’élimination de la traction à vapeur, et dès la fin des années 60 elles disparurent de l’Ouest, leur région d’origine. A /'Est pourtant, sur le réseau C.F.T.A. de Franche-Comté, elles tinrent bon quelques années encore, sillonnant les plaines céréalières de Champagne, les vallons boisés de Bourgogne ou le plateau de la Haute-Saône. Saison après saison, elles remorquaient d'interminables rames de blé vers le triage de La Cha-pelle-St.Luc à Troyes, ou partaient dans le brouillard et la rosée du petit matin vers les rampes menant au faîte de Poinson-Beneuvre, théâtres de patinages homériques... Ces braves 140-C faisaient désormais partie du paysage!
Puis vint l’automne 1975, où une activité exceptionnelle laissait pressentir la fin proche. Et enfin, deux froides et pluvieuses journées d’Octobre et Novembre, où la 140-C-38 remorqua la 287 froide de Châtillon à Gray, puis de Gray à Chalindrey: c’en était fini des 140-C, et du même coup de la vapeur en service régulier en France... Ces dernières années de la vapeur, de nombreux amateurs les ont vécu avec intensité, en particulier les jeunes qui n’avaient pas connu des séries plus anciennes ou plus prestigieuses. Pour eux, les 140-C représentaient un peu «la vapeur à visage humain», par rapport aux 141-R massives et fonctionnelles. Et parmi eux, une poignée ont eu l’enthousiasme de concrétiser leur passion en préservant, en remettant en état et en faisant circuler les dernières machines arrachées des mains des ferrailleurs. Nous leur devons beaucoup, car grâce à eux, les 140-C permettront encore longtemps de faire découvrir la vapeur aux nouvelles générations...

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