Comment naît, se développe et croît, jusqu'à devenir passion, l'amour d'un petit pays où l’on r.’est pas né, où l’on n’a vécu ni son enfance, ni son adolescence, où l'on n’a, en somme de souvenirs personnels que des souvenirs de vacances?
Ces vacances, mon mari avait dix ans quand, pour la première fois, il les passa à Malmedy : c’était en 1920, année d’importance pour les Mal-médiens. Mais que pouvait en savoir un petit Stavelotain, invité à Malmedy par son parrain, fonctionnaire du Gouvernement Baltia? De ce temps-là, il se rappelait surtout les promenades, les cueillettes, l’eau que l’on va boire au Pouhon près de la fontaine Saint-Quirin...
C’est dix ans plus tard que l’étudiant en philologie classique, déjà passionné de dialectologie, découvrit l’intérêt du wallon malmédien, intérêt vite doublé de sympathie pour Malmedy et son histoire. C’est par son maître Jean Haust qu’il connut l’abbé Bastin, dont il admira tant l’œuvre et l’action. Et tristement, sans doute, mais naturellement, vu l’âge des deux amis, le vieil abbé et le jeune linguiste, les premiers écrits de la longue liste des Travaux d’Élisée Legros relatifs à la région malmédienne sont deux notices nécrologiques In memoriam Abbé Joseph Bastin, la première à la veille de la guerre, pour Les Dialectes Belgo-romans, la seconde à la Libération, dans le Bulletin de la Commission royale de Toponymie et de Dialectologie.
En 1947, La Vie V allonné, reparaissant enfin après un long silence de sept ans, entreprit de rendre hommage à « notre petite Alsace d’entre Fagne et Amblève » (l’expression est de G. Jarbinet). Après avoir publié un bel article de Maurice Piron sur le poète Henri Bragard, héros de la résistance au nazisme, elle consacra le troisième numéro de sa nouvelle série au Pays de Malmedy. Sous ce titre, Georges Jarbinet présentait ce numéro exceptionnel, rappelant les années d’annexion (1815-1920), puis de réannexion de Malmedy. Ln second article du même auteur, amusant et touchant à la fois, racontait les Survivances françaises en Wallonie malmédienne. Entre ces deux articles, dix pages d’Élisée Legros, Malmedy et les Cantons de l’Est, exposaient clairement la question malmédienne, démontraient la romanité de Malmedy, et disaient les difficultés que les Malmé-diens eurent si souvent à la faire reconnaître. Qu’ils ont encore, hélas, parfois... L’article se termine sur une note amère : « Notre petit pays, malgré la prospérité qu’il allait apporter à Malmedy, n’allait-il pas décevoir ces Wallons, eux-mêmes orientés différemment depuis un siècle? (...) Les Belges auraient-ils assez de doigté — (ah! les maladresses de l’adjudant et les brocards des compagnons de chambrée!)? » fLa Vie Vallonné, t. XXI, p. 178.) — Hommage aux Malmédiens, des humbles victimes des tracasseries et des vexations du Kulturkampf aux tragiques héros de la résistance [...]