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Franz Kafka : La Métamorphose. Calligraphiée et illustrée par Raymond Grandjean
Cartonné / 148 pages / édition de 2015
langue(s) : français
éditeur : Fage éditions
ISBN : 2849753920
EAN : 9782849753927
dimensions : 325 (h) x 245 (l) x 19 (ép) mm
poids : 1175 grammes
DISPONIBLE
très bon état
12,95 EUR
référence : 1016388
Tous les prix incluent la TVA
« Le Poète est semblable au prince des nuées... » C'était du moins le point de vue de Baudelaire. Mais, au sol, revenu des nuages, ce roi de l'azur n'est plus qu'un myope, titubant et boiteux. Mille plaisanteries d'un goût douteux l'assaillent sur le pont du navire, où les matelots font de lui un objet de dérision.

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait'.

L'instrument de sa grandeur devient celui de son ridicule. « Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. » Et il faut avouer que le poète, perdu dans ses grands songes et dans ses petites corvées, accablé par les soins mesquins, les soucis d'une famille nombreuse et l'abus des boissons remontantes, donne souvent l'image déprimante d'un monsieur qui a peine à payer son loyer ou à passer son pardessus sans l'aide de la dame du vestiaire. Il ne trouve pas la deuxième manche. Voilà : il y a toujours dans la vie du poète un problème de la deuxième manche. En un mot, un instant pénible. Résumons-nous, c'est un canard boiteux.

Kafka, lui, se compare à une blatte. Tout particulièrement dans La Métamorphose. Il s'assimile à quelque monstrueuse vermine, à un iule, à un cancrelat, à une punaise, à une espèce de chilognathe, disons de polydesme aplati. Tous ses héros, en gros, sont des canards boiteux.

Le poète de Baudelaire et le héros de Kafka sont des sous-hommes dans la vie courante. Mais le canard de Baudelaire a un glorieux zigzag, celui de Kafka une reptation honteuse. Le canard de Baudelaire s'enlèvera d'un coup d'aile, ce n'est qu'un albatros diminué, un empereur du ciel en sursis ; le canard de Kafka est boiteux pour la vie. De naissance, ou à peu près. Il ne s'en remettra jamais.

Tous les héros de Kafka sont condamnés d'avance. Il les noie, il les essorille, il les fait égorger à l'aube sur une pierre plate par des messieurs en chapeau gibus, ou laminer sous un cylindre à clous. Ils périssent sur la paille dans une cage de « jeûneurs », ou à l'entrée de quelque petit trou par où ils auraient pu, peut-être, pénétrer dans la Terre promise à un certain moment, qui ne pouvait être donné que par une insoluble équation. Les poux les mangent, la panthère les méprise. D'autres fois, sous forme de blatte, ils meurent au petit matin derrière un vieux rideau. On les fait balayer par la femme de ménage. Bref, au tragique s'ajoute la honte. Comment peut-on être si cruel ?

Cette humiliante claudication est pour Kafka un souvenir d'enfance. Son père l'a écrasé tout jeune sous la pantoufle, à Prague, où il tenait un commerce prospère. Il en est resté aplati. La Bohême est le pays où se fabriquent les nains ; les nains de Bohême2 bien entendu, par la torture et le ratatinement (en triturant la thyroïde) ; comme les Chinois fabriquent des pieds de Chinoises et les bonzes des chiens sacrés ; des pékinois ; qui sont gros comme des rats. Le sous-homme de Kafka est un produit de son père3, un nain de Bohême. Était-ce fatal ?

Certainement non. Baudelaire a eu aussi un père autoritaire, tout au moins un beau-père, le général Aupick. Il en a souffert atrocement. Il ne s'en est pas laissé diminuer une seconde. Au premier jour de révolution, il est descendu dans la rue en proclamant avec la dernière énergie : « Il faut tuer d'abord le général Aupick. » (La mort, qui se moque de nous, les mit dans la tombe, plus tard, mais c'est une autre histoire.)
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