Les marionnettes accompagnent l’homme depuis la plus haute Antiquité. Elles peuvent, tour à tour; engendrer l'émotion, le rêve, l’enchantement, le rire ou la réflexion. Dans certains cas, les marionnettes se font aussi les interprètes des revendications populaires et expriment les critiques par rapport au pouvoir en place. Leur magie et leur pouvoir d’évocation touchent les coeurs, tous les cœurs, quel que soit l’âge du public.
Cette noble tradition est également présente à Bruxelles. Car il y eut longtemps chez nous des séances organisées par des montreurs ambulants, généralement des Italiens, qui plantaient leurs décors à l'occasion de kermesses ou de fêtes populaires. Les plus vieux théâtres de marionnettes dans un local fixe, animés par des compatriotes, sont assez tardifs. Ils datent tout au plus de la fin du XVIIIe siècle et l’existence n’en est pas certifiée avant la révolution de 1830.
Dans notre capitale, les marionnettes sont synonymes de dynastie. Ce sont lesToone, tout à la fois comédiens, chanteurs, tragédiens et bonimenteurs. Ils régnent sur des créatures de bois (souvent bien plus fréquentables que celles faites de chair), sur des castelets, sur des bancs sagement alignés, sur des publics fidèles. Ils sont les gardiens de l’âme bruxelloise, de son parler direct et savoureux mâtiné d’une gouaille et d’un humour irrésistibles. Le maintien de cet esprit unique est incarné par Woltje, petit personnage inspiré des ouvriers wallons qui s’installèrent jadis dans le quartier des Brigittines. Désormais vêtu d’une veste à carreaux et d’une casquette, il apparaît régulièrement dans les représentations en y jouant le rôle du chœur à l'antique. Avec beaucoup plus de bon sens, d’humour et d'esprit.
Cette dynastie où la passation de pouvoir se fait avec l'accord du public a failli s’arrêter en 1963. Son dernier représentant, Toone VI, fatigué par la concurrence du cinéma et de la télévision, dépose alors sa couronne. On craint un moment qu’il n'y ait pas de successeur. C'est compter sans José Géal qui va s’atteler au maintien de cette merveilleuse tradition sans laquelle Bruxelles ne serait plus Bruxelles. Il va alors rendre au théâtre de marionnettes dans notre capitale la place qui lui est due. Avec beaucoup d'énergie, il renouvelle répertoire et publics, il fixe son théâtre dans une maison du Pentagone restaurée à grands frais, il voyage, assure des représentations à l'étranger où il rencontre ses pairs.
Aujourd'hui, José Géal a passé le flambeau à son fils. Il peut regarder fièrement en arrière et faire sienne l'une des phrases célèbres du Régent, Charles de Belgique, qui, parlant de la royauté, a dit un jour "J’ai sauvé le brol". Avec quel panache et pour le plus grand bonheur des Bruxellois!

rechercher des articles similaires par catégorie
rechercher des articles similaires par thème: