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Tendre Violette
Broché / 140 pages / édition de 1982
langue(s) : français
éditeur : Casterman
collection : Les romans (à suivre)
ISBN : 2203334118
EAN : 9782203334113
dimensions : 295 (h) x 222 (l) x 15 (ép) mm
poids : 690 grammes
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L’an dernier, à la sortie de l’hiver, la petite vieille d'à côté s’est éteinte. Sans fracas, sans éclat, sans famille, sinon quelques voisins qui avaient d’autres chats à fouetter.

Mais le maire était un brave homme : après quelques va-et-vient de casquette du front à l'occiput et un vigoureux grattage du cuir chevelu, il décide d’avertir la presse régionale à ses frais... Violette, presque centenaire, était partie au champ des morts.

De vagues héritiers se sont partagé deux chèvres, une vingtaine de lapins et quelques poules. Des antiquaires ont raflé le saint-frusquin, mais le notaire attend toujours le premier client pour la masure.

Nous, on a eu beaucoup de peine!

Depuis cinq ans, nous allions régulièrement à la veillée chez Violette : sur le banc en été, dans la cuisine en hiver. Nous y parlions peu, car elle racontait beaucoup... et ses histoires étaient ponctuées de petits verres : le rouge en été, le rhum en hiver.

Bien sûr, elle souffrait des mille petites misères de son âge, mais le coude, et donc l’estomac, ainsi que la mémoire, étaient restés alertes. Elle ne s’est d’ailleurs jamais plainte.

Ses souvenirs ne dépassent guère sa soixantaine, époque à laquelle elle dut, à l’inverse des loups, quitter les bois pour rejoindre la meute parce que ses jambes ne la portaient plus comme avant.

Elle s'est souvent demandé comment elle avait pu vivre seule si longtemps et ne l’a compris que lorsqu’elle a vécu au village. Les gens n’ayant pas la mémoire si courte qu’on le prétend, il s’est trouvé pas mal de petits rancuniers qui ont voulu lui faire payer les bons tours d’autrefois.

La pauvre s’est alors cloîtrée dans son petit domaine. Heureusement, si la maison était minuscule, le jardin et le verger étaient très vastes.

Pourtant, ses avatars ne l’ont jamais aigrie, car si elle reprochait de temps en temps un manque de gentillesse ou de compréhension aux personnes que le hasard lui a fait rencontrer, elle en parlait sans fiel et sans acrimonie, mais plutôt avec une lueur d’amusement dans les yeux.

La campagne est un endroit mystérieux. Elle présente une riche mythologie de figures dont la personnalité importe souvent moins que la fonction.

Par exemple le facteur. On attend de lui honnêteté, serviabilité, humeur égale... mais on espère aussi de menues délations, car notre homme est omniscient. Dès lors, il est tout-puissant et on le traite avec un respect infini (“Une petite goutte, Albert?”). Bien sûr, entre initiés, il sera jugé plus profondément de la nature du bonhomme. Ses travers légers seront excusés grâce aux méandres de sa généalogie, mais ses gros défauts, avant que soit émise une sentence définitive, passeront au tribunal des comparaisons (son oncle, facteur avant lui, celui du village voisin, etc.). Le jugement, s’il peut parfois le deviner, ne lui sera jamais assené de face.

L’exemple du facteur est banal. Il est fonctionnaire avant tout, indispensable, certes, mais sa position lui interdit certains agissements : la plus épouvantable crapule dans l’uniforme des PTT reste toujours le FACTEUR!

Par ce biais, nous pouvons rentrer dans le magma des forces occultes qui régnent à la campagne. Plus effrayants sont les bûcherons, les rebouteux, les braconniers, les gardes, les herboristes, les artisans, et surtout les fermiers qui possèdent la terre : gens qu’il faut respecter parce qu’ils ont toujours été respectés. Gens qu’on remercie et qu’on craint parce que, même en bande, ce sont des solitaires. Dans un milieu rural méfiant par essence, toute association amène plus de risques que de profit. Tout le monde connaissant tout le monde, chaque parole est mesurée longuement.

Violette dans tout cela?

Trop naïve, elle n’a pas compris les règles du jeu assez vite et s’est retrouvée à la tête d’une masse de petits ennuis qui en auraient fait émigrer plus d’un.

Elle n’était pas désarmée : une connaissance remarquable de la vie de la forêt, le sens de la réaction, même quand elle est démesurée, un très joli corps, des gestes parfois violents, beaucoup de vin pour tout oublier, sont des atouts sérieux. Puis, elle a toujours su qu’elle n’avait pas grand chose à perdre, que les grands jours sont ceux de nouba et qu’une poire pour la soif pourrit vite quand on n’ose pas y toucher.
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