Encore une histoire de l’occupation allemande?
Etait-il opportun de l’écrire? N’eût-il pas mieux valu ensevelir dans l’oubli ces mauvais souvenirs?
Ainsi parleront sans doute certains partisans fervents de l’esprit de Locarno.
Xous leur répondrons: faut-il laisser le monde dans l’ignorance des excès et des crimes qui furent les épisodes quotidiens de l’effroyable tragédie ? Devons-nous les taire à nos propres enfants? L’historien peut-il, sans trahir son devoir, fermer les yeux suide pareils événements? N’est-ce pas en conjurer le retour que d’en dévoiler l’horreur et de susciter leur réprobation dans la conscience de l’humanité?
En écrivant les annales de notre pays durant les sombres journées d’une domination orgueilleuse et Intolérable, M. Jouret a fait a-uvre de moraliste autant que d’historien. Il n’a pas obéi à un vain sentiment de colère, ni de rancune; il a voulu apporter un témoignage réfléchi, circonstancié,, au grand procès qui fera l’objet de longs débats entre les descendants de ceux qui y ont été mêlés.
La mémoire des hommes est bien fragile; le souvenir des événements les plus graves s’évanouit, en peu de temps, ou se confond dans les légendes à travers lesquelles il devient souvent malaisé de discerner la vérité.
On lira avec intérêt ces pages émouvantes dans lesquelles M. Jouret a décru avec une sincérité et une loyauté qui défient toute contradiction les aspects divers de la vie d'une petite nation, insouciante, fière et indépendante, livrée tout à coup sans défense à une puissance d’orgueil et de domination. Quelle fertilité d’imagination dans l’emploi des moyens mis en oeuvre par le vainqueur pour nous assujettir, quel optimisme et quelle force de résistance chez le peuple vaincu ! Que d’incidents et de mesures tracassières nous avons subis! A quelles menées dissolvantes nous avons té livrés! Se peut-il que la barbarie voisine de si près la civilisation et que la loi du plus fort garde un tel empire, en dépit des traités les plus solennels?
Les qualités qui distinguent la manière de .1/. Jouret et qui l’ont classé parmi nos bons historiens se retrouvent dans cet ouvrage-
On peut dire de ses premiers essais qu’ils ont rénové les études historiques en nous introduisant dans la vie civile de notre pays aux époques les plus lointaines et les plus obscures, en nous faisant assister à la lente évolution économique et sociale d’un peuple essentiellement. paisible et laborieux.
L’histoire des quatre années d’occupation est inspirée de la même méthode; la tâche de l’écrivain a été plus aisée, les événements étant tout proches de lui; il a pu les observer et les juger par ses propres moyens.
Pour ceux qui ont échappé aux conflits avec Fauto''ité allemande ou qui ont ignoré l’organisation du ravitaillement de la population et ses difficultés, ces pages seront instructives.
.-1 tous, elles apprendront en une série de tableaux impressionnants et vivants le spectacle de la vie tourmentée d’un peuple aux prises avec un maître qui ne comprenait, ni ses aspirations, ni son loyalisme.

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