La Grande Guerre
volume 1 - Première partie : de 1914 à 1916 (isbn 2904310835)
volume 2 - Seconde partie : de 1917 à 1919 (isbn 2904310878)
J'appartiens à la génération qui a vécu son enfance dans les années 20. Mon père avait été grièvement blessé à Verdun. Nos imaginations d’enfants se trouvaient être tout imprégnées de guerre ; mais de celle-ci, nous ne ressentions que l’héroïsme, nullement l’atrocité. Nous creusions sans cesse des tranchées dans le jardin de ma grand-mère. La difficulté était de trouver les troupes allemandes, malgré la possession de deux casques ramenés du champ de bataille. Mais il y avait une solution : comme les « petits » sont prêts à tous les sacrifices pour jouer avec les «grands», nous les enrôlions. Ils savaient que leur rôle consistait à se jeter à terre en poussant de grands cris lorsque l’infanterie française (trois à quatre gamins de 10-12 ans, armés de sabres et de baïonnettes en bois) faisait triomphalement la conquête des lignes ennemies.
Si je raconte cette historiette, qui devait se répéter à des milliers d’exemplaires sur le territoire national, c’est que l’émotion enfantine qu’elle représente était mêlée à la consultation assidue de L’Illustration. Je revois encore les cinq gros volumes, au dos de cuir rouge, que mes parents avaient pieusement fait relier. D’année en année, ils se fatiguaient davantage, car frères, cousins, amis et moi les ouvrions sans cesse avec toute la délicatesse que la jeunesse manifeste à l’égard des reliures. Mais je suis témoin du fait que, reliées en rouge, en brun ou en noir, de pareilles collections de L’Illustration, pour 1914-1918 existaient par milliers. Il y en avait chez mon oncle, l’ancien commandant de réserve d’artillerie, gravement blessé au dos ; chez mon oncle, le capitaine d’artillerie, qui n’avait plus qu’un bras ; chez mon oncle, simple soldat et gueule cassée ; chez mon oncle, brigadier d’artillerie, profondément gazé pendant cette guerre.
Il faut être adulte pour que tous ces souvenirs se rassemblent et reçoivent, soit de l’expérience, soit de la lecture et de la réflexion, leur éclairage véritable, à savoir que la guerre est horrible, mais qu’il faut être libre et que, quelquefois, il faut la faire. Aussi me semble-t-il qu’on doit placer en exergue de ce livre le mot du grand stratège britannique Lidell Hart : « Si tu veux la paix, apprends à connaître la guerre. »
Voici donc un premier volume qui, d’une façon bien originale, va nous aider à connaître un aspect de la guerre ; un aspect particulier, certes, mais le nôtre, à nous français : La France au combat de 1914 à 1916.
Ce livre commence par l’assassinat de l’archiduc-héritier d’Autriche François-Ferdinand à Sarajevo, ville de Bosnie, le 28 juin 1914, par un étudiant serbe. Aussitôt, le gouvernement austro-hongrois, convaincu — à tort — de la complicité du gouvernement serbe, décide secrètement «d’en finir avec la Serbie». Il consulte son allié allemand qui l’appuie, car dans le cas contraire, il perdrait l’alliance, indispensable à ses yeux, de l’Autriche-Hongrie. Et brusquement, comme un coup de foudre dans un ciel serein, l’Autriche-Hongrie adresse le 24 juillet un ultimatum à la Serbie. Le même jour, l’Allemagne communique une note à toutes les puissances : l’affaire, dit-elle, est seulement austro-serbe. Toute intervention d’une autre puissance aurait, du fait des alliances, «des conséquences les plus graves». Mais la Russie ne veut pas laisser écraser la Serbie. La France, de 39 millions d’habitants, ne peut lâcher son allié russe. L’Angleterre ne peut pas davantage accepter l’invasion de la Belgique par l’Allemagne en 1914 qu’elle ne l’a acceptée par la France en 1792.
L’Illustration, qui n’a pas interrompu sa publication aux heures difficiles de 1870-1871, ne la suspendra pas au moment où s’engage une nouvelle guerre, selon elle, préparée et provoquée, comme l’autre, par la fourberie et la brutalité germaniques. Cependant, L’Illustration approuvera la censure : il ne faut pas que la presse renseigne l’ennemi. Elle exercera au besoin sa propre censure sur les documents reçus (note du 8 août 1914).