Etudes et publications de sources relatives aux finances et à la comptabilité urbaines suscitent à l’heure actuelle un intérêt évident. G. SIVERY le soulignait encore il y a peu (1). Un colloque a d’ailleurs été tout entier consacré à l’étude de ces matières en 1962 (2). La plupart des travaux qui traitent de ces questions n’ont cependant fait, jusqu’à présent, qu’une petite part à l’étude des rouages administratifs chargés de la gestion des finances communales, à celle de leurs mécanismes et des hommes qui les animaient. L’absence de données précises à cet égard a d’ailleurs été soulignée lors du colloque de 1962 (3). Le présent travail a pour objectif de contribuer à combler cette lacune.
Il n’a donc pas pour but d’étudier systématiquement et de façon exhaustive les finances de la ville de Bruxelles, ses recettes et ses dépenses. L’absence de sources rend un tel travail impossible : quasi tous les comptes communaux antérieurs au XVIIIe siècle ont disparu, brûlés dans le bombardement de 1695 ou utilisés par les fonctionnaires eux-mêmes pour confectionner des reliures ...; nous n’avons plus ni livres des receveurs, ni archives du changeur. Pour comprendre en quoi consistait l’activité des administrateurs des finances communales, il a néanmoins fallu déterminer de façon aussi complète que possible ce qui constituait les ressources de la ville, quelles étaient les caractéristiques de celles-ci et comment Bruxelles les utilisait pour financer ses charges.
C’est là le sujet de la première partie de ce travail intitulée «l’objet de la gestion». L’étude des organes de gestion eux-mêmes, ainsi que celle du contrôle de cette gestion constituent la matière de sa seconde partie.
Cet ouvrage n’a pas non plus pour but d’étudier le gouvernement des finances, c’est-à-dire la politique financière des autorités communales, leurs options en matière de fiscalité (choix d’un type d’impôt), les principes qui les guident dans l’affectation de leurs ressources. Ces problèmes seront sans doute évoqués, mais ils ne constituent pas le sujet du livre. Leur étude systématique, leur compréhension profonde impliqueraient une connaissance du milieu politique bruxellois qu’il ne semble pas possible d’acquérir à l’heure actuelle faute de travaux préliminaires. On connaît bien mal encore le rôle des différents éléments constitutifs du Magistrat, comme aussi d’ailleurs les lignages, les nations, la gilde ...
Le sujet de ce travail, c’est la gestion des finances, la mise à exécution, ou encore l’application pratique, des décisions prises par les autorités communales dans le domaine financier, ainsi que l’étude des hommes à qui cette mission était dévolue à Bruxelles. On sait l’importance du rôle joué par la ville dans le duché de Brabant aux XIVe et XVe siècles. Sur les plans démographique et économique, la ville est en pleine expansion entre 1320 et 1380. Dès 1340 elle dispute à Louvain la place d’honneur dans l’armée brabançonne. Ville la plus riche dès 1350 certainement, résidence ducale favorite, port d’attache de la Cour dès la seconde moitié du XIVe siècle, siège de la Chambre des Comptes depuis 1404, elle est encore en 1420 la plus peuplée et la plus puissante, et cela sans doute jusqu’à la fin de la période étudiée. Si donc une telle ville peut se targuer en 1369 de bien gouverner ses ressources, et être chargée en 1378 de dresser un plan de redressement des finances de Louvain, ne convient-il pas d’étudier le système de gestion qu’elle a elle-même mis au point pour ses finances en 1334 ?
Il était logique de faire débuter cette étude à la date de 1334, au moment où Bruxelles se dote de deux receveurs particuliers pour administrer ses finances. Le terminus ad quem choisi eut pu être 1477, année où une révolution balaie toutes les institutions urbaines, où l’on décapite quelques mandataires, et remplace pour un temps les receveurs traditionnels par seize «maîtres de la police». Dix ans plus tôt cependant des événements importants ont marqué la fin d’une époque : la mort de Philippe le Bon et l’avènement du Téméraire sont le début pour Bruxelles d’une période de déclin, de perte d’influence; d’autre part différentes résolutions prises par les autorités communales sur les plans politique et administratif à ce moment vont avoir pour conséquence d’altérer profondément le caractère des institutions mises en place en 1421. F. FAVRESSE a déjà souligné d’ailleurs l’importance des mutations subies par elles entre 1467 et 1471. C’est la première de ces deux dates qui constituera donc le terme chronologique de ce travail.

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