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C'était... Grâce-Berleur
Broché / 176 pages / édition de 1988
langue(s) : français
éditeur : A compte d'auteur
dimensions : 296 (h) x 208 (l) x 11 (ép) mm
poids : 533 grammes
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Sinibaldo Basile avait trois ans et demi quand il vint à Grâce-Berleur. L'on était en 1948 : « la bataille du charbon ». L'on devine à quoi son père était voué.

Il est à peine mon cadet. Je suis « arrivé » dans cette commune en 1943. J'y suis né au mois de mai. Ma famille venait à peine de sortir —j'allais dire « de se sortir » — de la mine que son père faisait connaissance avec elle.

Et depuis, nous nous sommes croisés et recroisés sur ce sol où j'ai mes racines, sur ce sol dans lequel il a fait pousser très profondément les siennes comme si l'angoisse d'être un déraciné ou d'hésiter sans cesse entre deux enracinements lui avait fait creuser, plus que tout autre, sa terre d'adoption.

Certains diront qu 'il y a un paradoxe à ce que ce soit un fils d'immigré qui écrive l'histoire de Grâce-Berleur au 19e et au 20e siècle. Les Wallons de pure souche ne s'intéresseraient-ils pas à leur passé collectif ou bien ?

Faisons un sort à cette expression « wallon de pure souche ».

Depuis le 19e siècle, venant des quatre points cardinaux, des gens sont venus chez nous -.familles germaniques, slaves, méridionales ...

Ah ! les généalogistes pourraient se pencher sur chaque famille de Grâce-Berleur : il y aurait lieu à un institut et à des décennies de labeur pour les chercheurs. Et que d'arbres ! Que de ramures, que de ramifications pour chacune de nos familles !

Bref, j'ai connu Sini-c'est ainsi que nous l'appelons- enfant, adolescent, soldat belge, instituteur. Beaucoup de choses nous rapprochent, comme je vais le dire, mais un élément nous sépare encore : je suis de Grâce, il est de Berleur. Etre plus de Berleur que lui relève de la très haute performance. La lecture de son livre le laisse deviner. Mais que les habitants de Grâce ne soient pas rebutés par mon affirmation : ils trouveront dans l'ouvrage de Sinibaldo Basile un compte précis de leur mémoire collective.

Ce livre a demandé plus de trois ans de recherches. Il est le résultat d'un vrai travail de bénédictin. Sini a voyagé dans le passé de Grâce-Berleur comme il le fait dans la vie.

En effet, cet ancien lauréat de « Visa pour le Monde » et de « Risquons Tout » a fait, dans des conditions effarantes, plusieurs fois le tour du monde.

Il connaît les Andes comme un Inca, le Tibet comme un Lama, l'Iran comme Mollah, l'Inde comme un Intouchable et Grâce-Berleur comme personne.

Il y a une expression américaine qui s'applique au Sinibaldo voyageur, c 'est « to cross the line ». Dans les années passées, il a toujours profité des deux mois de congé que lui laissait sa charge d'instituteur à l'école du Berleur pour courir la planète, mais pas cette planète qui n 'est plus qu 'un grand village où l'on va de Hilton en Holliday Inn et de Ramada en Novotel, non pas la planète superficielle des globe-trotters occidentaux, mais ce monde authentique et profond auquel on n 'accède, dans lequel on ne se fond, qu 'en prenant des risques, qu '« en passant la ligne » qui sépare le touriste de l'autochtone, le chiqué du vrai.

Au vrai, je ne l'imaginais pas, lui qui a tant roulé'sa bosse par monts et par vaux, s'échinant pendant trois ans sur des archives, des capitulaires, des plans cadastraux, je ne l'imaginais pas, grattant partout la poussière, fouillant les cendres, faisant accoucher de vieux témoins, faire resurgir de l'ombre un passé qui nous appartient.

Sini offre à chacun de nous un présent précieux : notre mémoire collective, notre passé de groupe humain.

Il est allé à la recherche de notre identité perdue. Et il nous l'a restituée.

Oh ! je le lui ai dit : parfois s'attardant sur une époque plutôt que sur une autre, parfois en privilégiant un peu le style parlé par rapport au style académique.

Mais quimporte ! Ce livre, pour scientifique et exact qu'il soit, reflète aussi un homme, sa sensibilité, sa vision, son être.

Son être dans Grâce-Berleur, commune administrativement défunte en 1970, mais terriblement vivante dans nos cœurs à tous deux.

Ce livre est pluraliste en ce sens qu 'il juxtapose les histoires des différents groupes sociaux, philosophiques, politiques, de Grâce-Berleur. Les facettes du passé se joignent objectivement pour former un prisme, à travers quoi nous nous retrouvons.

Quand j'en eus terminé les dernières pages, la nostalgie m'a pris et cet autre sentiment qui rassure et veut qu'on soit ancré sur un lopin de terre wallone, qui vous appartient parce que vous lui appartenez.

Et j'ai voulu tout simplement dans cette préface remercier l'auteur et de ce livre et de ce sentiment qui m'attache plus encore à la commune que je suis fier de gérer depuis dix ans.
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