Bien des Namurois ont encore présente à la mémoire la silhouette familière du peintre Albert Dandoy penché sur son petit chevalet portatif, peignant sur le vif les rues et les places, les fêtes populaires, l'animation des marchés.
Né à Namur le 4 avril 1885, Albert Dandoy y est mort le 9 septembre 1977. La plus grande partie de sa longue carrière a été dédiée à sa ville. Elle s'est déroulée en dehors de tous les courants artistiques qui se sont succédé à une cadence particulièrement rapide depuis le début du xxe siècle. Albert Dandoy est du nombre de ces peintres inclassables sur qui les révolutions esthétiques semblent ne pas avoir eu de prise. Certains y verront peut-être une limite à l'originalité créatrice. D'autres, par contre, y reconnaîtront le signe d'une personnalité forte et authentique, inlassablement fidèle à ses choix.
Maurice Utrillo qui fut le contemporain d'Albert Dandoy n' a-t-il pas lui aussi trouvé l'essentiel de son inspiration dans les tristes rues de la banlieue parisienne et les murs décrépits de la Butte Montmartre ? A aucun moment, on ne le voit subir l'influence des nombreux mouvements d'avant-garde dont il voyait pourtant les plus brillants témoins dans les galeries ou les ateliers de Paris.
C'est relativement tard, bien après sa nomination comme professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Namur, qu'Albert Dandoy commence à s'intéresser au paysage urbain, mais il va alors y consacrer le meilleur de lui-même et cet intérêt ne faiblira jamais. Il en sortira d'innombrables peintures et esquisses dont le catalogue doit être bien difficile à établir. Le peintre en effet travaillait vite et beaucoup.
Dans cette abondante production, une œuvre toutefois émerge : il s'agit d'une collection de cent soixante-six peintures à l'huile de petit format réalisées peu de temps avant la Deuxième Guerre mondiale et rassemblées dans un précieux recueil qu'Albert Dandoy appelait lui-même son «livre».
Il en fait rédiger la préface par un de ses amis, il écrit lui-même les légendes et les tables et fait relier le tout. Incontestablement, il entend faire là œuvre durable, laisser une sorte de témoignage sur une époque qu'il pressentait bientôt révolue. C'est une démarche picturale assez inhabituelle et qui, par son originalité et par la qualité de son contenu, méritait d'être diffusée. Ce sera l'objectif des pages qui vont suivre.
Réalisé durant la période où le métier d'Albert Dandoy a atteint sa pleine maturité, le livre contient des vues inédites des vieux quartiers de la ville et de sa banlieue. Outre les qualités picturales — finesse du coloris, spontanéité de la facture — ces peintures présentent un grand intérêt pour la connaissance du passé urbain. On y découvre un visage disparu de Namur. Le peintre y a donné la préférence aux quartiers populaires qui sont précisément ceux que l'urbanisme moderne a le plus bouleversés.
Contrairement à ses prédécesseurs Howen et Kegeljan ou à son contemporain Henry Bodart, davantage intéressés à la précision documentaire dans la restitution du cadre architectural, Albert Dandoy a vu la ville de l'intérieur et en a évoqué les habitants, les ambiances, les couleurs et, oserait-on dire, les bruits et les odeurs.

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