Les cartes, plans, et vues que nous reproduisons ici se rapportent à une région particulière, située en bordure de notre pays et dont l'histoire mouvementée favorisa l'apparition de nombreux documents topographiques. Ceux-ci, choisis pour leur beauté ou leur intérêt historique, nous permettent tantôt de raconter son histoire, tantôt d'esquisser l'évolution de la cartographie de cette région depuis le XVIe siècle. Dans la mesure du possible, nous cherchons à préciser le degré de confiance qu'on peut accorder à ces cartes et vues anciennes, à montrer aussi comment mieux les comprendre en analysant les circonstances qui les firent naître. En signalant des documents peu connus, conservés en Belgique ainsi qu'à l'étranger et en les munissant d'une identification aussi précise que possible, notre espoir est d'encourager la recherche historique locale et de promouvoir des études semblables pour d'autres régions de notre pays.
Nos limites de temps sont ambitieuses : 1226 est la date d'un premier sceau topographique et mai 1980 celle des dernières photos aériennes. Sur ces 750 ans, c'est la période s'étendant de 1560 à 1880 qui est la mieux représentée.
Notre enquête ne se veut pas exhaustive; elle reflète le hasard des trouvailles accumulées depuis 19 ans par J.-M. Duvosquel, suscitées depuis deux ans par Cl. Lemoine. Elle est aussi limitée par la couverture erratique des cartes anciennes, qui ne commencent à représenter entièrement et de manière détaillée le territoire actuel de la Belgique que vers 1770, avec Ferraris, que Fricx précéda dans une certaine mesure au début du siècle.
Souhaitant retrouver l'aspect ancien du pays à travers les cartes qui le représentent, nous nous sommes attardés à celles qui procèdent d'un levé nouveau, dans l'espoir qu'elles reflètent la réalité avec plus de fidélité que celles qui en découlèrent. A quelle occasion et qui procéda à ces levés ?
En dehors des cartes détaillées du pays entier, qui sont rares (Ferraris, Militaire Verkenningen, Dépôt de la Guerre) et qui ont un but assez général, c'est la guerre ou l'argent qui les provoque. Les ingénieurs militaires qui accompagnent les armées, dessinent les camps, marches, batailles et tout ce qui relève de la fortification, tandis que les arpenteurs - pendant longtemps il n'y eut pas d'ingénieurs civils - lèvent un territoire à échanger entre deux souverainetés, une forêt domaniale à aborner, un pré contesté.
Mais le levé nouveau n'est pas toujours facile à déceler parmi la masse de documents qui nous est parvenue, par exemple du XVIIIe siècle. Il se traduit d'abord par une carte manuscrite, naturellement. Celle-ci peut ensuite avoir été gravée et publiée et devenir d'usage répandu, comme ce fut le cas de la carte de Fricx. Par ricochet, cette carte gravée servit éventuellement de modèle à quelque ingénieur qui souhaitait éclairer et compléter un mémoire; n'ayant ni le temps ni l'occasion d'aller sur place, il choisit la moins mauvaise des dernières cartes parues, l'interprète, date, signe et nous la retrouvons deux cents ans plus tard, croyant de bonne foi avoir affaire à une représentation originale, alors qu'y figurent probablement des renseignements périmés depuis longtemps, remontant au modèle gravé. Si le levé original est d'intérêt local, il n'aura pas les honneurs d'une gravure; il peut cependant être copié pendant des années, avec des additions mineures : un ouvrage à cornes projeté, un bureau de douane à ouvrir ou une route à créer. Il y a toujours intérêt à retrouver le prototype. D'ailleurs, un levé nouveau n'est jamais entièrement neuf. Le cartographe qui se prépare à une telle entreprise, a de tout temps cherché à savoir ce qui avait été fait avant lui; il réunit une documentation. S'il va ensuite remesurer et vérifier sur le terrain, il lui arrive souvent de recopier tels quels des noms de lieu figurant sur ses modèles : de là, ces filiations toponymiques [...]

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