Pendant la seconde moitié du règne de Louis XIV, de 1684 à 1715, les villes et les « terres » de Beaumont et de Chimay qui formaient, au sud de la Sambre, la lisière orientale du Hainaut, n'ont pas connu moins de quatre «dominations» différentes. Espagnoles jusqu'en 1684, elles deviennent françaises et le restent pendant quatorze ans. En 1698, elles redeviennent espagnoles. En 1712, le roi d'Espagne, Philippe V, les cède, en même temps que le comté de Namur et le duché de Luxembourg, tout ce qui lui reste encore de Pays-Bas, à l'électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, pour le dédommager de la perte de ses états héréditaires. Et voilà nos deux terres devenues, en quelque sorte, bavaroises. Deux ans et demi plus tard, Maximilien-Emmanuel, retournant à Munich, abandonne à l'empereur Charles VI son éphémère et dérisoire petit royaume de Sambre et Meuse : les deux terres deviennent alors autrichiennes.
Je me propose d'étudier dans ces pages la courte période française qui, de 1684 à 1698, traverse l'histoire de Beaumont, d'après un mince mais précieux dossier conservé dans les archives de la ville. Le sujet peut paraître, à première vue, un peu mince. Beaumont, aujourd'hui, n'est assurément qu'une très petite ville : moins de deux mille âmes et pratiquement aucune industrie. Sa taille et son rang, s'ils se comparaient plus favorablement autrefois avec ceux des villes voisines, n'en ont pas moins toujours été des plus modestes. Mais l'importance d'une ville ne se mesure pas exclusivement au nombre de ses habitants et à la quantité des marchandises qui sortent de ses fabriques. Telle bourgade d'Orient ou d'ailleurs, dont on ne sait même pas le nom ancien, est fouillée de fond en comble, à grands frais, non certes pour ce qu'elle nous apprend sur elle-même, sur le rôle militaire, ou politique, ou économique qu'elle a pu jouer dans le passé mais pour ce qu'elle nous révèle des aspects et des formes d'un certain type de civilisation. Elle est devenue un cas, un exemple. Le hasard seul qui préside à la conservation et à la découverte des vestiges du passé est responsable de sa promotion.
Beaumont, le Beaumont français de la fin du XVIIe siècle que je tente d'exhumer, n'est pas sans analogie avec cette bourgade-là. Ce qu'il nous permet d'étudier excède de loin l'étroite enceinte de ses murailles et même les limites de ce qui n'était pas encore mais qui allait bientôt devenir la «presqu'île de Chimay». De quoi s'agit-il donc? Non certes d'un mode particulier de civilisation mais d'un régime politique, celui de la monarchie [...]

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