Le propos de ce livre n'est pas seulement de retracer la carrière d'un personnage, si pleine de rebondissements et de péripéties sanglantes soit-elle. Le « cas Mobutu » dépasse largement le cadre de l'individu. Il est exemplaire, dans la mesure où il symbolise toute une classe de nouveaux dirigeants qui se sont installés au pouvoir depuis dix ans, dans divers pays du tiers monde, à la faveur des luttes des peuples colonisés pour leur indépendance, et ont confisqué le pouvoir à leur profit et au profit de ceux dont ils ont servi les intérêts: les grandes métropoles capitalistes.
Ce qui est passionnant dans le livre de Jules Chômé, grand avocat belge qui fut l'ami de Lumumba, c'est de suivre la carrière d'un homme dont beaucoup ont dit qu'il avait été un ancien agent de la Sûreté belge, son apparition sur la scène politique propulsé par les services américains, l'élimination par lui de tous ses concurrents — à commencer par Lumumba — jusqu'à son intronisation finale comme autorité suprême en matière d' « africanisation », et la triste farce qui consiste aujourd'hui à le présenter dans les instances internationales comme un champion de l'indépendance.
Pourtant, de l'ancien sergent belge Joseph Désiré au général Sese Seko, l'homme n'a pas changé — et derrière le leurre de l'indépendance, grâce à lui, le Zaïre, ex-Congo belge, reste toujours fondamentalement, comme beaucoup d'autres pays d'Afrique, ce qu'il était avant l'indépendance : la chasse gardée du grand capital étranger.

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