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Poelaert et son temps
Broché / 320 pages / édition de 1980
langue(s) : français
dimensions : 295 (h) x 210 (l) x 21 (ép) mm
poids : 1195 grammes
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Que son père, Jean-Philippe, fut qualifié de «maçon»1, de «maître-maçon»2, de « tailleur de pierre»3, d’« entrepreneur de bâtiments»4, d’«un des meilleurs constructeurs de son temps»5, ou d’«architecte»6, c'est dans une famille apparemment aisée7 logée au Marché aux Charbons8 que naquit, le 26 mars 1817, Joseph-Philippe Poelaert, le futur architecte du Palais de Justice de Bruxelles.

Bruxelles est alors, avec La Haye, une des capitales alternatives d’une Union hollando-belge née à Londres en 1814 et ratifiée à Vienne en 1815 après le retour de Napoléon de l'île d’Elbe. On sait que le roi Guillaume 1er, à qui revint la couronne de cette nouvelle entité nationale, étendit aux provinces méridionales le bénéfice de la loi hollandaise de 1806 sur l’enseignement et que tous les jeunes Belges eurent dès lors l’occasion d’apprendre à lire et à écrire en langues néerlandaise et française, à calculer, à dessiner et à chanter. A juger de la qualité de la calligraphie et de la forme des écrits manuscrits laissés par Joseph Poelaert, le moins qu’on puisse dire est que le ou les Instituteurs de l’architecte trouvèrent en lui un élève attentif.

Il faudra cependant attendre l’année 1836 pour trouver trace des études entreprises par Joseph Poelaert. Cette année-là, en effet, son père le présente à l’Inscription à l’Académie des beaux-arts de la Ville9, de préférence à l’Université Libre de Bruxelles créée deux ans auparavant. C’est qu'il y fut peut-être lui-même élève naguère10? D’autre part, lui étalt-ll possible de perpétuer les aspirations professionnelles familiales en orientant sa progéniture ailleurs que vers les beaux-arts? C’est pourquoi il enverra également à l’académie son fils Victor, le frère cadet de Joseph. Celui-ci a alors dix-neuf ans et a connu bien des événements depuis sa tendre enfance. La proclamation de l’indépendance de la Belgique, six ans auparavant, aura particulièrement dû marquer la famille Poelaert qui habitait alors rue de Laeken, une des quatre voles qu’avaient empruntées les troupes du roi Guillaume accourues, mais en vain, pour étouffer la révolution des Belges, en septembre 1830. L’année précédente, le 5 mal 1835, pas bien loin du logis familial, en présence du roi Léopold 1er, était parti d’une station modeste à unique guichet installée à l’entrée de l’Allée Verte, le premier train à vapeur sur rail du continent.

L’académie de peinture, sculpture et architecture11 qui accueille Joseph Poelaert a pris récemment le titre d’académie «royale» par arrêté rendu le 11 décembre 1835; bien plus le Conseil de Régence, après trois ans de discussions, vient dedéciderqu’àcompterdu 1er janvier 1836, l’enseigne-
ment de cette Institution serait réorganisé. A partir de cette date donc, les élèves architectes — et Poelaert en premier lieu — bénéficieront des cours d’un premier et d’un second professeur de composition architecturale, d’un professeur chargé de l’enseignement secondaire des principes de l'architecture, d’un professeur de géométrie et de physique mécanique et d’un professeur de perspective et de dessin linéaire12. C'est là, offerte aux candidats architectes, encore une bien timide ouverture à l'étude de la résistance des matériaux annoncée par la découverte de l’ingénieur français Louis Navier, seize ans auparavant, de la mise en équation de la déformation des corps solides dont le développement verra petit à petit la nécessité d’abord, l’obligation légale ensuite, pour l’architecte, de s’adjoindre les services d’un ingénieur.

C’est François-Joseph Navez, chef incontesté de l’école néoclassique de la peinture belge du XIXe siècle, qui est alors directeur de cette académie des beaux-arts, qui compte 480 élèves et où Joseph Poelaert s’initie à l'architecture sous la houlette de Tilman - François Suys, qui a cinquante-trois ans, et de Auguste Payen qui n’en a que trente-cinq. Le premier de ces professeurs avait été formé sous l’Empire à l'école de Percler et Fontaine avant d’embrasser une carrière officielle au service du roi Guillaume, carrière que compromirent quelque peu les événements de 1830; le second, qui se fera surtout un nom à l’administration des chemins de fer, était alors architecte attaché au Service des travaux de la Ville de Bruxelles où il venait de dresser les plans pour la construction des pavillons de l’octroi.

Quoique la Belgique, dès 1830, ait pris conscience de son authenticité, à Bruxelles, en matière architecturale, c’est toujours l’Ecole des beaux-arts de Paris qui est le pôle d’attraction. Il en est ainsi depuis le XVIIIe siècle — la place Royale et ses abords ne sont-ils pas œuvres d’architectes français? — et il en sera ainsi jusqu’au milieu du XXe. Ce que regrette M. Alvin, le secrétaire de l’Académie en 1844 qui, lors de la distribution des prix, souligne que «quelquefois les jeunes gens de Bruxelles, esclaves d'un préjugé, vont au loin et à grands frais, chercher une instruction qu’ils pouvaient trouver si facilement chez eux»13. Effectivement, «chez eux» comme à Paris, l’enseignement de l’architecture est basé sur ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui «le système des beaux-arts » : composition architecturale, mais aussi copie et étude des ordres antiques14. Joseph Poelaert saura-t-ll s'en souvenir? A l’examen des œuvres qu’il réalisa, Il semble plutôt qu’il ait voulu se désolidariser des pontifes de l’architecture officielle sans jamais y réussir complètement, [...]
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