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Fluide Glacial 1975-1995 : 20 ans et toutes ces sortes de choses
par Gotlib
Broché / 160 pages / édition de 1995
langue(s) : français
éditeur : Fluide Glacial
dimensions : 300 (h) x 230 (l) x 11 (ép) mm
poids : 535 grammes
DISPONIBLE
très bon état
6,95 EUR
référence : 1010817
Tous les prix incluent la TVA
Soudain, trois coups retentissent et le rideau de velours pulvérulent se lève sur la scène probatoire de mes souvenirs. Me voici englouti dans le cyclone du temps qui, m’agrippant par les cheveux dans ses mâchoires d’acier, m’entraîne par les pieds. Quelle est cette étrange occurrence ?

Une gigantesque lueur arborescente éclabousse dans ses tentacules glauques, ergonomiques et superfétatoires tout le continuum spatio-temporel. Je me vois moi-même comme sur un écran. C’est le film de ma vie qui défile à l’envers, en marche arrière, remontant le cours des années, à reculons, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre et en accéléré, dans sa purpurescence intrinsèquement discriminatoire au niveau épistémologique.

Puis, tout s’arrête brusquement et je me revois il y a vingt ans, bondissant tel un jeune faune insouciant et joyeux, dans les prairies verdoyantes et ensoleillées de ma folle jeunesse, souriant, épanoui, ravi, ruisselant sous la pluie. Mon corps nubile, vasomoteur et conjoncturellement musclé, s’éveille à sa luxuriance, dans toute la fraîcheur d’une puberté unicellulaire, emporté par les élans fougueux d’un sang bouillonnant et souple, aux accents langoureux d’une plénitude ostentatoire frappée d’obsolescence turgescente inversement proportionnelle à la somme des carrés des deux autres côtés.

Ainsi, ce jouvenceau au corps nu, si beau qu’on le jugerait sculpté par Michel-Ange en personne, ce jeune Apollon triomphant au profil de pâtre grec, c’est donc moi. A la vue de tant de beauté réunie en un seul tas, ma gorge se noue. Les mots me manquent pour exprimer l’émotion asymptotique qui me saisit dans ses serres de béton précontraint. C’en est trop. Je n’en puis plus. Au spectacle de l’adolescent ingénu que j’étais, je suis incapable d’endiguer le flot virtuellement concupiscent de mes larmes stridulantes et occipitales.

Mais soudain, que vois-je ? Qu’est-ce à dire ? Ne serais-je pas seul ? Quel est donc ce jeune éphèbe qui bondit à mes côtés en me tenant la main ? Ses lèvres unilatérales, délicatement ourlées, s’écartent algébriquement, laissant échapper, entre deux rangées de dents d’une blancheur vespérale, un grand rire dichromatique qui résonne comme les clochettes purpurines d’un troupeau de gazelles marbrées bondissant dans les verts pâturages. Ses longs cheveux auburn flottent dans les rayons scintillants et balsamiques d’un soleil printanier aux reflets subtilement mordorés d’une incantation vernaculaire et globalement surnuméraire.

Mais oui, je le reconnais ! C’est lui ! Ce sont bien ses yeux étincelants de malice astringente ! Ce sont bien ses longues jambes, espiègles et musclées, aux mollets d’une ciselure métaphysique et néoplatonicienne ! C’est bien son torse galbé, luisant et ruisselant de gouttelettes de sueur, brillantes comme autant de perles de rosée, posées sur chaque brin d’herbe de la toison luxuriante, recouvrant sa vélocité moléculaire ! C’est bien lui, dans tout l’épanouissement marmoréen, protéiforme et carbonifère de sa virilité subséquente ! C’est bien lui, je le reconnais, tel qu’en lui-même : c’est Diament.

Mais où nous ruons-nous donc, de notre démarche calme et olympienne, tels Oreste et Pylade nageant dans l’océan érubescent et dilatatoire d’une inaltérabilité sereine rappelant l’hégémonie incantatoire d’Orphée et Eurydice ? Où courons-nous donc de nos pieds légers, conjoncturels et hypoallergéniques ? Où cours-je ? Où cours-tu ? Où qu’on courons-nous ?

On courons-nous au cabinet. Le cabinet de M. le notaire qui va coucher sur ses minutes le titre d’un opuscule que nous comptons publier de concert. Un titre fleurant bon l’allégresse d’une sonorité tintinnabulante autant que roborative au niveau déambulatoire : “Fluide Glacial”. La tâche que nous nous sommes assignée, ardue certes, mais ô combien colombophile, est de revitaliser le tissu socio-associatif endé-miquement faible.

Mais soudain, le film s’arrête. Le rêve passe. Me revoici aujourd’hui, vingt ans plus tard. La vision radieuse et exophtalmique d’une jeunesse enfuie à jamais a disparu. Le temps a creusé ses sillons dans mes cheveux blanchis sous le harnais le long de ma barbe patriarcale. Mais qu’importe, je souffle les vingt bougies de ces deux décennies thermopropulsives en entonnant un rigodon endiablé et infeutrable au son d’un orgue de Barbarie oto-rhino-laryngologique.
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